03.01.2021 Avec son cirque à l’arrêt depuis bientôt un an, Alexandre Bouglione désespère : “À croire qu’on veut nous exterminer !

Hainaut Bruno Deheneffe
Publié le 03-01-21 à 10h09 – Mis à jour le 03-01-21 à 10h09

Voilà neuf mois que le patron du plus ancien cirque belge est confiné avec sa troupe.
Avec son cirque à l’arrêt depuis bientôt un an, Alexandre Bouglione désespère : “À croire qu’on veut nous exterminer !”© D.R.
À l’instar du monde forain, celui du cirque est à l’arrêt depuis bientôt un an, agonisant dans une indifférence quasi générale.

Alexandre Bouglione et sa troupe peuvent en témoigner, eux qui depuis mars, sont confinés dans leurs roulottes du côté de Stambruges (Beloeil) où se trouve le quartier d’hiver du plus ancien cirque de Belgique. “Même dans mes pires cauchemars, je n’ai jamais imaginé me retrouver dans une situation aussi désastreuse. On nous empêche d’exercer notre passion et de gagner notre vie tout en divertissant les gens qui en ont cruellement besoin. C’est impensable quand je sais que durant la guerre, mon grand-père n’a jamais cessé de travailler. C’est à croire qu’on veut nous exterminer !”

L’année avait pourtant bien commencé pour le cirque Bouglione. Celui-ci avait démarré sa tournée à Mons et devait faire étape dans une quinzaine d’autres villes wallonnes ainsi qu’à Bruxelles sur le site de l’Atomium. Au total, quelque 300 représentations étaient programmées.

Après celles de son nouveau spectacle, données pendant deux semaines dans la cité du Doudou, les membres de la troupe ont pris la direction de Courcelles (Charleroi).

“Alors que nous étions en train de dresser le chapiteau, il a fallu tout démonter suite à l’annonce du confinement et de la fermeture des salles de spectacle. Nous avons regagné notre village de Stambruges que nous n’avons plus quitté, hélas.”

Âgé de 65 ans, notre interlocuteur a été contraint, faute de revenus, de vendre sa maison liégeoise mais aussi de très belles roulottes de collection pour nourrir sa troupe et s’acquitter de ses nombreuses charges professionnelles.

“En plus d’une prime, je touche chaque mois 1 300€ de droit-passerelle et les artistes environ 600 € de chômage. C’est déjà mieux que rien tout en étant insuffisant pour couvrir les frais divers (nourriture, eau, électricité, TVA, assurances, location de matériel, etc.) et compenser les pertes.”

Alexandre Bouglione a rapatrié à ses frais des artistes originaires de Roumanie de même qu’une troupe de six acrobates cubains. “Comme pour beaucoup d’artistes qui font partie des non essentiels, j’ai bien peur que leur carrière ne s’achève prématurément.”

Preuve que le cirque est une grande famille, Alexandre Bouglione a permis à des artistes de diverses nationalités d’installer gratuitement leur caravane sur le vaste terrain de Stambruges.

Ils sont encore une vingtaine de saltimbanques à cohabiter ici dans l’espoir de pouvoir repartir en tournée. Parmi eux, des clowns, des jongleurs ainsi que la famille d’Alexandre Bouglione. Un minichapiteau se dresse entre les nombreuses caravanes, les camions et les éléments décoratifs du cirque afin qu’ils puissent continuer à exercer leur art. “Nous espérons pouvoir retravailler à Pâques. Au-delà, la situation deviendra intenable. Quoi qu’il advienne, nous n’arrêterons pas de faire du cirque, quitte à nous produire dans les gares, les stations de métro ou encore les centres commerciaux puisqu’il s’agit là des seuls endroits où les gens ont encore le droit de se rassembler.”

 

L’ancien dompteur de fauves sort les crocs

Pour Bouglione, il est urgent que le cirque traditionnel soit reconnu et subsidié.

Dompteur de fauves jusqu’à ce que la mise en scène d’animaux sauvages sur les pistes de cirque devienne interdite, Alexandre Bouglione n’hésite pas à montrer les crocs et à sortir les griffes quand on évoque avec lui les subsides qui sont octroyés aux cirques contemporains alors que le sien ne perçoit pas le moindre euro des pouvoirs culturels. “Il en faut pour tous les goûts. Je n’ai absolument rien contre ce cirque plus élitiste sauf que celui-ci ne rencontre pas auprès du public un succès comparable à celui du cirque traditionnel. Il serait beaucoup plus logique d’accorder des subventions au prorata du nombre d’entrées plutôt que d’investir dans des spectacles qui ne marchent pas.”

Et Alexandre Bouglione d’espérer qu’au sortir de cette crise sanitaire, le gâteau du budget culturel sera partagé de manière beaucoup plus équitable. “Je ne réclame pas des millions mais simplement une petite aide de l’Etat pour faire du cirque alors que d’autres font uniquement du cirque pour obtenir de l’argent public. Il est temps de mettre fin à ces injustices”.

Proactif, Alexandre Bouglione a interpellé à ce sujet la ministre de la Culture de la fédération Wallonie-Bruxelles, Bénédicte Linard, laquelle a visiblement été réceptive à ses arguments. “Mes démarches entreprises auprès de la FWB se sont avérées fructueuses puisque Bouglione est le premier cirque traditionnel à être officiellement reconnu comme spectacle culturel à part entière. Cela nous permettra dans le futur de bénéficier d’un subside”, se réjouit notre interlocuteur.

Dans l’immédiat, Alexandre Bouglione croise les doigts pour que sa troupe puisse reprendre la route dans un délai rapproché afin de faire à nouveau rêver petits et grands.

 

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