Communiqué de presse du Centre de Médiation des Gens du Voyage

Nous avons appris par voie de presse la décision de la Ville de Mons d’abandonner le projet d’aire d’accueil des Gens du Voyage.

Il ne nous revient pas de commenter et encore moins de juger cette décision prise par un collège communal en toute souveraineté. Cependant, en tant que Centre de Médiation des Gens du Voyage, les arguments avancés ainsi que les suggestions proposées dans le communiqué de presse diffusé fin de semaine dernière nous interpellent au plus point. Tentons de remettre les choses dans leur contexte.

Pour rappel, les principaux concernés, à savoir les Gens du Voyage, font partie intégrante de la population belge avant même la création de la Belgique puisque leur présence est attestée dès le XVème siècle notamment au travers des Tapisseries de Tournai…

Dans la mesure où des familles du Voyage séjournent à Mons, comme dans le reste de la Belgique (Ath, Charleroi, Namur, Courtrai, Gand, Verviers,…), le projet dont il est question ici était censé apporter une réponse à l’absence d’accueil digne et encadré. A Mons, comme ailleurs, en l’absence de terrains d’accueil officiel, les Gens du Voyage sont contraints de séjourner de manière non organisée et sans le moindre confort ni équipement sanitaire. L’absence de gestion de leur séjour engendre des problèmes sans fin en terme d’accès à l’eau, à l’électricité, de gestion des déchets, des relations avec le voisinage,… problèmes que les agents communaux ainsi que les services de police gèrent sur le terrain, au quotidien, et en l’absence de toute solution d’accueil, avec une ingéniosité et une créativité qui sont à saluer !

Indépendamment de leur appartenance à la communauté des Gens du Voyage, ces problèmes, à eux seuls, permettent de comprendre la réaction du voisinage ainsi que l’émergence et le renforcement des stéréotypes à l’égard des Gens du Voyage. Confondre les victimes de cette absence de solution avec les problèmes vécus par ceux-ci en raison de cette marginalisation est bien évidemment totalement déplacé.

Les Gens du Voyage nous clament de longue date que leur mode de vie, encore stigmatisé aujourd’hui, repose essentiellement sur l’habitat mobile. La Région wallonne, dans le cadre du récent décret sur l’habitat léger, vient d’ailleurs de le consacrer comme un type d’habitat susceptible d’être reconnu légalement.Renvoyer les Gens du Voyage vers un lieu « qui soit le plus isolé possible de la population » voire « sur des terrains connexes aux aires d’autoroute » est donc un non sens. Appeler à changer les procédures judiciaires lorsqu’il s’agit de Gens du Voyage qu’il faudrait expulser l’est encore plus. En effet, la Belgique a, malheureusement, été épinglé par différentes instances internationales, notamment par le Conseil de l’Europe en 2012, pour le nombre et la régularité des expulsions de Gens du Voyage sur son territoire. « Malheureusement », car personne ne peut se réjouir ni d’une condamnation de la Belgique ni de ces expulsions à répétition. C’est dans cet esprit et pour éviter que notre pays soit une fois de plus pointé du doigt que le Gouvernement wallon a, en 2019, renforcé son soutien financier à la création d’aires d’accueil pour les Gens du Voyage. La décision d’aménager ou non un terrain ainsi que le choix de celui-ci relèvent bien évidemment, actuellement, du pouvoir communal. L’effet nymby n’étant jamais très loin, nous savons d’expérience qu’il est difficile pour des mandataires locaux de défendre un tel projet. Cependant, demander, voire exiger l’isolement d’une communauté sur une portion de territoire voire à l’extérieur de la commune est un signal lourd de sens envoyé au reste de la population et, formulé aussi clairement, publiquement et officiellement, serait un précédent dangereux que nous ne pouvons passer sous silence. Depuis vendredi dernier, les Gens du Voyage ayant pris connaissance du communiqué de la Ville de Mons nous ont rappelé que, tout au long de leur histoire mouvementée, ils ont déjà payé un assez lourd tribut pour ne pas s’émouvoir de tels assertions. Histoire vécue notamment dans la région montoise durant la seconde guerre mondiale.

Ces propos mettent à mal voire annihilent tous les efforts de la Région wallonne, de la Communauté française, des autorités communales, y compris celle Mons, des citoyens et des associations qui déploient des efforts continus pour faire en sorte que cette communauté, comme les autres, soit inclue dans le vivre ensemble. Nous invitons le Collège communal dans son ensemble à faire preuve de discernement dans les propos qui ont été tenus et les décisions qui ont été prises. Nous nous mettons à sa disposition ainsi que des services communaux pour engager dès aujourd’hui un processus de dialogue avec toutes les composantes de la population montoise y compris les Gens du Voyage.