Le vague à l'âme des bateliers bloqués

À l'instar de ses collègues, Vincent décompte les jours avant de pouvoir à nouveau naviguer. ÉdA – 50875692156

 Contraints à l'immobilisme après l'avarie survenue à l'écluse de Hun, les pénichiers comptent leurs pertes financières.

À l'instar d'une dizaine d'autres péniches sur la Haute-Meuse, le Naxos attend son heure. Ce géant du fleuve, amarré depuis le 12 août au quai de déchargement de Rivière, est contraint à l'immobilisme depuis qu'une péniche a endommagé une porte de l'écluse de Hun (Anhée)

. Impossible depuis lors de rallier le port de Givet où il fait habituellement le plein de blé qu'il achemine à BioWanze pour être transformé en bioéthanol.

Si les réparations vont bon train pour remettre en service l'écluse, il n'en faudra pas moins de 25 jours au total pour un retour à la normal. C'est que l'avarie s'est révélée particulièrement sévère. Un membre du SPW Mobilité et Infrastructure confesse qu'il n'a jamais connu pareil cas de figure en un quart de siècle de service. «Un arrêt aussi long, c'est une première» confirme Vincent Rochez, le propriétaire et capitaine du Naxos.

Entre impatience et résignation, ce dernier décompte les jours en s'occupant de la maintenance de l'embarcation. Histoire de ne pas ruminer les pertes quotidiennes occasionnées par cette situation inhabituelle. «À l'arrêt, le coût journalier du bateau (crédit, assurance...) avoisine les 1 000€ », confie-t-il. À quoi il convient d'ajouter une éventuelle perte de confiance du client envers le transport fluvial.

Quid des pertes d'exploitation?

S'il appréhende désormais la situation avec un brin de philosophie, le batelier avoue l'avoir très mal acceptée dans les premiers jours. «D'autant que rien n'a bougé pendant près d'une semaine, le temps que le SPW lance le marché public en vue de désigner l'entreprise externe pour les réparations. Comment ne dispose-t-il pas des corps de métier pour pouvoir le faire en interne, comme c'était le cas avec le MET? »

En attendant, les journées de perte s'accumulent. Sans réel espoir d'une compensation financière. «Nous avons introduit nos réclamations auprès du service juridique du SPW qui les transmettra à l'assureur du bateau impliqué dans l'avarie. Lequel, si sa faute est avérée, paiera pour les réparations effectuées à l'écluse. Mais je doute qu'il fasse de même pour nos pertes d'exploitation» explique Vincent. Pas de quoi lui rendre le sourire au vu de la fragilité du secteur du transport fluvial depuis la libéralisation des prix survenue en 1999.

«Avant, les tarifs étaient réglementés et même indexés. Aujourd'hui, il n'y a plus aucun contrôle. Ce n'est pas un hasard si les jeunes ne veulent plus reprendre», confesse le capitaine. Avant de s'en retourner sur sa péniche, conscient qu'il devra encore patienter avant de larguer les amarres.

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