Le déménagement du marché de Namur à la rue de Bruxelles fait réagir. Des ambulants volants n’y trouvent plus leur compte.

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Biologiste de formation, Anne-Pascale Ferauge a créé une chocolaterie artisanale dans le village de Morville. Elle fabrique aussi de la maquée, des yaourts, des fromages qu’elle vend à domicile, ainsi qu’en alternance, le samedi, sur les marchés de Charleroi et de Namur. Sur son petit étal de deux mètres de long, elle dépose d’autres produits artisanaux, comme le miel des Ruchers mosans, les fromages du Gros chêne ou de Falaën, quelques produits Oxfam.

« Cela fait quatorze ans que je viens régulièrement sur le marché de Namur, un samedi sur deux, en toute saison», explique-t-elle. Cette belle fidélité pourrait cependant ne pas se prolonger: le déménagement du marché de la place du Palais de Justice vers la rue de Bruxelles pénalise les commerçants qui, comme elle, ne sont pas des abonnés. Malgré son ancienneté, Anne-Pascale est toujours une ambulante volante.

«Je n’ai introduit une demande d’abonnement qu’en 2013. J’avais toujours de la place, je m’installais toujours au même endroit, sans même attendre la placière. J’ai sollicité un abonnement quand la question du déménagement a été évoquée.»

Une offre resserrée

De fait, depuis le déménagement en mars, l’offre a été davantage resserrée, en concertation, dit l’échevin du commerce Luc Gennart, avec les représentants des ambulants, parmi lesquels un ambulant volant.

Les commerçants abonnés qui occupaient le plus d’espace ont été priés de réduire la taille de leur stand, mais les sacrifices les plus importants ont été consentis par les ambulants volants. Dans la nouvelle formule, la proportion réservée aux ambulants est de 5% contre 15% auparavant.

Le retour des beaux jours fait craindre le pire à Anne-Pascale Ferauge, dans la mesure où la concurrence fera qu’il n’y aura plus de place pour tout le monde.

Par ordre de tirage

Un système de tirage au sort a été mis en place pour que chacun dispose des mêmes chances. Les ambulants sont alors placés selon leur ordre de tirage.

«Ce samedi, tout le monde a pu finalement trouver un emplacement, concède Anne-Pascale Ferauge. Nous restions deux ou trois à ne pas avoir été placés mais le désistement d’un ambulant qui occupe 16 mètres courants a finalement permis un réalignement de cinq ambulants volants. On a eu de la chance, mais ce ne sera pas le cas toutes les semaines. Nous ne sommes pas encore en plein régime de croisière.»

Pour Anne-Pascale, la situation est humainement intenable. «Pour venir au marché, je me lève à 4 h 30 du matin, je charge à 5 h et je démarre à 6 h. Imaginez: je peux être renvoyée chez moi sans rien avoir pu vendre. Or, mon stock est périssable. Les producteurs alimentaires artisanaux devraient pouvoir bénéficier d’une certaine priorité.»

Elle dénonce ce qui, à ses yeux, est une contradiction: «Je ne suis pas pour la vente en ligne, même si j’ai accepté de le faire dans le cadre du GAL de Florennes et de la Haute Meuse. Je préfère le contact direct avec la clientèle. J’ai 55 ans, c’est mon gagne-pain. Aller ailleurs? J’ai mes fidèles clients à Namur. Une clientèle ne se construit pas en un jour.

 

Source : L'Avenir - Namur - 27/03/2018 à 00:01 - Bruno MALTER