Joël Schuermans et Laurence Vanderhaegen étaient vendredi à la bibliothèque de Durbuy pour raconter leur expérience de vie, résolument nomade.

Joël Schuermans et Laurence Vanderhaegen, vous venez de présenter, à l’invitation de la bibliothèque de Durbuy, une conférence sur base de votre ouvrage «Chronique d’un départ», retraçant ce qui vous a motivés à effectuer, il y a quelques années, un voyage en van, sans date de retour.

Laurence Vanderhaegen: Effectivement, il y a quelques années, Joël et moi avons décidé de partir sur les routes en van sans date de retour pour vivre une expérience de lâcher prise, de simplicité volontaire. Ce voyage, réalisé en 2010-2011, a finalement duré six mois et nous a conduits de la Belgique au sud du Maroc, en passant par la France, l’Espagne et le Portugal. Le livre «Chronique d’un départ» raconte le cheminement de notre projet, les 244 jours qui ont précédé le grand départ. Il est accompagné de plusieurs photos retraçant notre périple.

Plus généralement, cet ouvrage pose la question du nomadisme, sur ce qui pousse à partir, à se délester du superflu…

Laurence: Exactement, nous formons un couple à l’esprit résolument nomade. Nous ne nous sommes jamais fixés très longtemps à un endroit ou dans un métier et nous avons toujours aimé voyager. Nous vivons sans attaches, au gré de nos passions. Nous restons libres.

Pourquoi avez-vous décidé d’adopter ce style de vie particulier?

Joël Schuermans: Il s’agit d’une sorte d’instinct. Nos existences sont toujours influencées par la contrainte du quotidien. Une forme d’esclavagisme passif. Adopter un mode de vie nomade ne veut pas dire que l’on fuit les responsabilités. Je fuis plutôt les obligations aliénantes, ces décisions qui nous enferment, qui font qu’on n’a plus le choix. C’est lors d’un voyage en Inde, en 2000, que j’ai réellement pris conscience que je ne voulais pas que ma vie soit formatée, que j’ai décidé d’adopter un mode d’existence qui me permette d’explorer tous les possibles et vivre une longue vie d’errance que je poursuis encore aujourd’hui. Une errance optimiste et non subie.

Aujourd’hui, on parle de plus en plus de changements de vie. Qu’en pensez-vous?

Joël: Je pense que c’est une conséquence de nos modes de vie actuels, dans lesquels les gens ne prennent plus le temps de souffler, ne prennent plus la peine de respirer, de rêver. On vit dans une période de burn-out généralisé. C’est pourquoi, je pense, de nombreuses personnes ont besoin de déconnecter, de débrancher la prise et ressentent le besoin de vivre autrement.

Ce mode de vie nomade est-il facile à adopter?

Joël: C’est une question que l’on nous pose souvent. Non, ce n’est pas facile. Il faut savoir rebondir constamment. C’est une vie de funambule. Parfois, on trouve la position d’équilibre. Mais bien souvent, il y a du vent et il faut pouvoir garder le cap. Cela demande donc une dose d’énergie considérable. Le système mis en place dans nos sociétés n’est pas fait pour vivre dans la simplicité. Il propose des solutions standard qui, si on les suit, donnent effectivement l’illusion de la simplicité. Mais, si on veut plus de simplicité, c’est compliqué. C’est un paradoxe perpétuel.

Ce nomadisme volontaire, le conseilleriez-vous à tout un chacun?

Joël: Non, On ne peut pas le conseiller car c’est un mode de vie finalement assez exigeant. Ce retour aux choses simples, on doit en ressentir le besoin au plus profond de soi. Cela doit jaillir comme une étincelle, une évidence.

Une simplicité difficile à atteindre, mais qui, on le suppose, recèle également des avantages. Quels sont-ils?

Laurence: Cela permet de vivre des expériences que l’on pensait ne jamais connaître. L’impossible devient possible. Cela permet également des rencontres incroyables, des instants de partage. Notre vie est très riche.

Source :  Namur - - Interview : Julien BIL - L'Avenir