L’équipe du Centre de Médiation des Gens du Voyage a organisé l’annuelle Journée des Gens du Voyage ce mardi 10 mai 2016, à la Salle du Conseil de la Ville de Namur.

Photo journée du voyage 2016

Nous souhaitons tout d’abord saluer la présence des autorités communales et des représentants locaux chargés de l’accueil des Gens du Voyage, ainsi que la représentation de la quasi-totalité des provinces wallonnes. La participation de différents niveaux de pouvoirs fut à nos yeux un élément crucial de la Journée des Gens du Voyage, et ce, bien au-delà de l’importance symbolique dont elle témoigne en termes d’intérêt (voire de volonté) politique. En effet, c’est en bonne connaissance de cause que nous sommes aujourd’hui convaincus que l’implication et la collaboration des autorités locales et provinciales constituent le prérequis nécessaire à toute avancée au regard des enjeux actuels. Ces conditions préalables ont d’ailleurs été identifiées à plusieurs reprises, notamment par le représentant du Ministre de l’Action Sociale, comme indispensables à l’identification de solutions effectives et concertées.

Nous tenons à présent à remercier nos intervenants pour la qualité de leurs prises de parole, et pour  l’importance accordée à la dignité humaine et aux droits fondamentaux, maintenus au centre des échanges tout au long de l’après-midi. 

Madame Stéphanie Scailquin, Echevine en charge de l’Egalité des Chances, a présenté l’expérience de Namur comme ville pionnière et pilote dans l’accueil des Gens du Voyage, avec l’aménagement du terrain de Live-sur-Meuse. Elle a insisté sur l’impératif de garantir des conditions dignes aux groupes de passage en terrain namurois.

L’ouverture par Madame Eliane Driesen, Présidente du Centre de Médiation des Gens du Voyage, a planté le décor et la teneur de la situation actuelle. Son intervention a permis de resituer clairement les problématiques et enjeux qui persistent de nos jours, tels que la non-reconnaissance de la caravane comme habitat,  les difficultés qui en découlent sur le plan règlementaire et juridique, la continuité des expulsions et des refus d’autorisation de séjour… Du côté des communes, les limites de la démarche volontariste et le manque de terrains disponibles ont été évoqués comme la source des phénomènes d’engorgement des communes accueillantes, ainsi que du besoin pressant d’implication supra-communale.

Nous avons ensuite été honoré de la présence de Monsieur Robert Javaux pour le Cabinet Prévôt, dont l’intervention a permis un retour sur la déclaration de politique régionale en matière d’accueil des Gens du Voyage, ainsi que sur la nécessité de travailler à la création de nouveaux terrains et de solutions concertées afin d’accueillir dignement les Gens du Voyage en territoire wallon. Monsieur Javaux a réitéré le soutien du Ministre Maxime Prévôt à l’implication des Provinces, dans leur mission de supra-communalité, pour organiser l’accueil de manière plus efficace et appropriée sur leur territoire. Il a également souligné qu’au-delà des aires d’accueil équipées, le Ministre de l’Action Sociale compte veiller à maintenir des terrains temporaires, afin de garder des alternatives à l’accueil des groupes du Voyage

L’intervention de Madame Lara Kotlar d’UNIA (anciennement appelé le Centre pour l’Egalité des Chances) a permis de souligner les réalités de discrimination liées au fait qu’aujourd’hui encore, les Gens du Voyage sont des personnes qui ne sont pas acceptées, mais uniquement tolérées.

A ce sujet, Madame Kotlar a remémoré à tous la mise en exergue par le Comité Européen des Droits Sociaux du manque d’emplacements et de la non-reconnaissance de la caravane, qui avait affiché la Belgique comme mauvais élève sur les bancs européens dans son application de la charte des droits sociaux. En la mission d’avis et de conseil d’UNIA auprès des autorités publiques, Madame Kotlar a également énuméré une série de recommandations, touchant aux conséquences directes des nombreux niveaux discrimination qui affectent les personnes du Voyage.

Affiche journée du voyage 2016La présence de la DiCS, en la personne de Vincent Gérard, a apporté une contextualisation du séjour temporaire dans les communes wallonnes. Selon la DiCS, la grande variabilité observée notamment dans le nombre de groupes accueillis, leurs tailles ou encore la durée de leur séjour, pose question et a largement été débattue au cours de l’après-midi.

Des porte-paroles de la communauté du Voyage nous ont également fait l’honneur de leur présence : Sandra Zepp, médiatrice interculturelle au Centre de Médiation des Gens du Voyage et représentante des Filles du Vent, et d’Etienne Charpentier, président du Comité National des Gens du Voyage. Ce dernier a exposé le point de vue des Gens du Voyage sur le séjour temporaire en Wallonie, comme d’un parcours toujours semé d’embûches: malgré les avancées politiques, le quotidien reste marqué de rejet et de refus, qui repoussent sur les routes des familles entières qui ne savent où s’arrêter. L’hiver, la diminution du nombre de terrains disponibles aggrave encore cette situation.  Madame Zepp et Monsieur Charpentier ont tous deux fait part de l’importance d’organiser l’accueil : d’après leur expérience, un accord préalable entre les autorités communales et les Gens du Voyage donne lieu à des séjours bien plus sereins. En effet, l’organisation de l’accueil génère un cadre pour tous et permet d’éviter les nuisances qui contrarient à juste titre les voisins (notamment via la gestion des déchets).  Leurs témoignages donnent corps aux réalités de terrain abordées tout au long de l’après-midi, et ainsi de porter la voix d’une communauté qui, bien qu’au centre des échanges, est généralement privée de parole.

 

Le milieu associatif était également présent, avec Barbara Mourin de Picardie Laïque et Francisco Alvarez des Equipes Populaires de Verviers. L’un et l’autre ont pu faire part au public de leur travail de longue haleine dans la sensibilisation au vivre-ensemble, notamment auprès des populations locales et de la presse. Face à l’insatisfaction que génèrent les installations sauvages au sein des communes, Madame Mourin a recentré la discussion sur la problématique objective du manque de terrains avec une phrase évocatrice : « Quand on est un indésirable chronique, on apprend à mettre son pied dans la porte ». Ces deux intervenants ont également souligné l’urgence d’une implication politique réelle afin d’avancer de manière durable et en concertation avec toutes les parties prenantes.

Enfin, les conclusions de Monsieur Alexis Deswaef, Président de la Ligue des Droits de l’Homme, ont terminé la journée avec des considérations et des recommandations, qui non seulement ont englobé la totalité des apports des interventions du jour, mais ont aussi clôturé les échanges avec un discours résolument orienté sur l’humain et vers l’action. Un discours assertif, convaincu et convainquant, qui a très probablement permis à tous de quitter cet espace de réflexion avec le vent en poupe.

Nous espérons que les contributions des différents intervenants seront sources d’un nouvel élan, pour tous les acteurs impliqués, dans la recherche de réponses aux besoins et réalités abordés. Les questions liées au séjour temporaire ne peuvent plus être ignorées via des justifications NIMBY (« Nous n’avons rien contre les Gens du Voyage, mais pas chez nous… »), renvoyant les groupes du Voyage d’une commune à l’autre. La raison est simple : ces questions touchent des personnes et des familles qui sont citoyens à part entière, résidents temporaires dans nos communes. Elles demandent de s’atteler ensemble à des solutions concrètes et durables. Les plus importantes ont été au cœur des discussions ce 10 mai, telles que la reconnaissance de l’habitat mobile, la création de terrains d’accueil, le remaniement du code wallon d’aménagement du territoire, ou encore la lutte contre les stéréotypes dans les différentes sphères du discours public.