Polémique à Mouscron: un mur pour se protéger des Roms

Belgique : Qui donc était à l’initiative ? Nos confrères de "La Dernière Heure" prenaient connaissance vendredi d’un étrange projet : la construction à trente mètres de la frontière belge d’un mur destiné à préserver la commune de Mouscron de la vue et de la proximité d’une aire pour Gens du voyage, aménagée prochainement dans la commune française de Wattrelos.

Vendredi et samedi, dans différents médias, le bourgmestre Alfred Gadenne (CDH) et les riverains belges soulignaient que c’était bien à leur demande et pour répondre à leurs inquiétudes que la mairie française avait décidé de construire "cette palissade de béton" de 2,4 m de haut, barrant un des quatre côtés du campement prévu pour vingt-quatre caravanes.

" Nous avons demandé qu’un mur soit apposé autour de ce camp du côté de la frontière belge. Ainsi, les gens ne pourront pas avoir d’accès immédiat avec la Belgique. Ils devront faire le tour et ne viendront donc pas systématiquement. Le but n’est pas de cacher ces gens, mais bien de mettre en place un dispositif plus sécurisant", expliquait le bourgmestre auprès de la "DH".

Sans doute ému par l’ampleur de la polémique, ce même bourgmestre tenait cependant dimanche à nier cette demande affirmant "que la décision relevait dès son origine de la mairie de Wattrelos", et que "bien ennuyé", il ne pouvait rien y faire.

"Un mur doublement illégal"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En attendant, le mur semble bien parti pour être construit, même si le bourgmestre prétend dorénavant privilégier la plantation d’une haie ou d’arbres, pour cacher un camp qu’il semble ne pas souhaiter voir.

"Le vrai problème est que la France ait décidé de mettre ce camp si près de chez nous. Les riverains de Mouscron sont déjà assez victimes des vols et des infractions de ces Gens du voyage", affirme à "La Libre" le bourgmestre CDH. "C'est un projet purement français déposé par la commune de Wattrelos. Dans ce projet déposé, les autorités municipales françaises ont prévu d'ériger un mur. La ville de Mouscron n'a pas de responsabilité concernant ce projet qui est intégralement prévu sur le territoire français", informe le service presse de la cité des Hurlus. Contrairement à ce qu'avaient indiqué les autorités municipales de Wattrelos, la ville de Mouscron ne leur aurait jamais demandé de construire un mur entre l'aire d'accueil pour des gens du voyage et le village d'Herseaux. "Ce projet est français et ce n'est pas correct que les Français disent que ce mur est une demande du bourgmestre de Mouscron", s'est insurgé Alfred Gadenne.

Nul doute que la direction du CDH, qui n’a pas souhaité réagir, doit être profondément ennuyée par les premiers acquiescements de l’un de ses élus, acquiescements qui semblent bien peu compatibles avec les valeurs du parti.

"Si demain certains s’engagent à détruire ce mur avec des pioches, je serai le premier à amener la mienne , a réagi Georges-Henri Beauthier, un avocat réputé dans ce type de dossiers. Jamais dans l’histoire un mur n’a apporté de solutions. Au contraire, il a toujours été la preuve d’un échec, d’une impossibilité de se parler ou de dialoguer."

"De plus, il est légalement impossible de défendre ce mur. Non seulement au bord d’une frontière il entrave la liberté de circulation, mais en plus il stigmatise clairement une population européenne particulière. Et même si des problèmes liés à cette présence existaient, il était possible d’y apporter des réponses dans le cadre d’un Etat de droit. Un tel projet témoigne de l’étouffement de nos sociétés incapables de dialoguer."

Vendredi, la société française Vesta qui gère de tels emplacements dédiés aux Gens du voyage abondait dans le même sens, alors que contrairement aux riverains belges, la police française affirmait ne jamais avoir été confrontée à de gros problèmes.

 

La Libre BDO Publié le lundi 18 mai 2015 à 08h33