Interview : Catherine DEHAY, pour "L'Avenir" du mercredi 18 juin 2014

Ahmed Ahkim, vous dirigez le Centre de médiation des gens du voyage et des Roms en Wallonie, l’agression du jeune Rom vous étonne-t-elle?
Cela ne m’étonne pas du tout dans la mesure où il règne, depuis au moins cinq ans en France, un climat grandissant d’anti-tziganisme tout à fait affiché et assumé. C’est le cas aussi en Belgique, mais dans une moindre mesure. Parallèlement, on pointe systématiquement l’origine communautaire, ethnique ou culturelle de ces personnes quand il y a des comportements ou des actes délinquants, par exemple. Ce climat pousse certains à se faire justice eux-mêmes.

Y a-t-il eu des cas semblables en Belgique?
En Belgique, il y a eu un cas similaire en 2012. Un jeune de 18 ans, qui s’apprêtait apparemment à cambrioler une maison vide, a été abattu par l’habitant de l’habitation d’en face. Il ne s’agit pas de défendre ou de justifier l’injustifiable, mais il y a des services de justice et des services de police qui font leur travail.

Les clichés les concernant ont la vie dure?
Le gros problème quand il s’agit de la population Rom est qu’on confond le tout et la partie. Si quelques personnes mendient – un des gros clichés – ce n’est pas le cas pour la grande majorité des personnes qui appartiennent à la communauté Rom. C’est aussi vrai pour les comportements délinquants ou négatifs.
Par ailleurs, quand on parle de Roms, on évoque des personnes qui appartiennent à une certaine culture tzigane et qui viennent d’Europe centrale et orientale. Il ne faut absolument pas les confondre avec les gens du voyage, dont le mode de vie est l’habitat mobile, la caravane, et qui n’ont pas grand-chose à voir avec les Roms en provenance de l’Est. Les gens du voyage dans leur grande majorité sont belges. Un immigré roumain, bulgare ou hongrois qui appartient à la communauté rom et qui vient chercher du travail en Belgique, est assimilé à un nomade, tout le temps en mouvement, en errance avec tous les stéréotypes qui s’y raccrochent. Or rien n’est plus faux. Ces ressortissants européens immigrés d’Europe centrale et orientale ne vivent pas en caravane. Ils cherchent tout d’abord du travail, un logement et de l’éducation pour leurs enfants, ici en Belgique ou en France.

Combien sont-ils en Belgique?
Le Centre estime à environ 20 000 le nombre de Roms en provenance d’Europe centrale et orientale.
Maintenant, ils sont d’abord vus comme des Tziganes. Manuel Valls a dit qu’ils sont inintégrables, qu’ils n’ont pas vocation à s’intégrer. Or, les besoins des Roms, leurs difficultés, ne sont en rien différents des difficultés et des besoins des autres immigrés économiques, avec la grande difficulté de l’hyperstygmatisation dont ils sont l’objet.
Aujourd’hui, dans le climat actuel, cette communauté est véritablement en danger. Et elle est d’autant plus en danger qu’elle est perçue comme étant dangereuse. C’est quelque chose qui est relativement difficile et à percevoir et à gérer sur le plan collectif.