Communiqué de presse du Centre interfédéral pour l’égalité des chances -
20 mai 2014

Pour un plan d’action interfédéral de lutte contre le racisme


A cinq jours des élections, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances appelle les prochains gouvernements à élaborer et à réaliser un plan interfédéral de lutte contre le racisme. Il y consacre le focus de son rapport annuel Discrimination/Diversité, paru aujourd’hui.

Le racisme se 'dit' moins aujourd'hui. Et lorsqu'il s'exprime explicitement, il fait généralement face à une levée de boucliers de la part d'individus et de la société civile. Un plan d'action interfédéral de lutte contre le racisme est-il dès lors réellement une priorité à inscrire dans les accords gouvernementaux après les élections du 25 mai? Oui, parce que tous les indicateurs montrent combien le degré de participation des personnes étrangères ou d’origine étrangère au marché du travail est faible et combien la société belge reste peu inclusive. Oui, parce que la discrimination 'raciale' continue à se manifester dans tous les domaines, souvent de manière plus insidieuse, ce qui la rend plus difficile à combattre. Et oui parce qu'à force de culturaliser le débat, on a détourné l'attention des chantiers les plus susceptibles de faire progresser l'égalité et la participation : l'emploi, l'enseignement, le logement.

« Le Monitoring socio-économique, publié pour la première fois en 2013, confirme l’existence d’une ethnostratification de l’emploi, reléguant dans l’inactivité ou dans la précarité et la pénibilité des emplois les personnes étrangères ou d’origine étrangère », rappelle Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre.  Le taux d'emploi des hommes d'origine étrangère (54,9%) est de 23,4 points de pourcentage inférieur à celui des hommes d'origine belge (78,3%). Celui des femmes d'origine étrangère est encore inférieur (41,7%).

Trouver un logement ? « Le Baromètre de la diversité Logement, présenté début 2014, montre que les personnes d’origine étrangère et celles qui bénéficient  d’allocations sociales ou qui disposent de revenus modestes sont particulièrement discriminées sur le marché du logement. Relevons simplement que 42% des agents immobiliers interrogés donnent suite aux exigences discriminatoires de bailleurs d’écarter les ‘étrangers’ ».

Une chance dans l’enseignement alors ? D’année en année, les études PISA montrent combien l’enseignement en Belgique est inégalitaire et combien les facteurs socio-économiques et d’origine ont une influence sur la réussite scolaire. L'étude récemment réalisée par la Fondation Roi Baudouin en collaboration avec le Germe, nous rappelle que l'écart de performance entre élèves d'origine belge et élèves issus de l'immigration est parmi les plus élevés des pays de l'OCDE, surtout au nord du pays.

Ces études, toutes très récentes, confirment ce que le Centre perçoit année après année à travers les signalements individuels de discrimination qui lui sont adressés. Aujourd’hui, les critères dits 'raciaux' (nationalité, prétendue race, couleur de peau, ascendance, origine nationale ou ethnique) restent ceux pour lesquels le Centre est le plus souvent interpellé.

En 2013, Le Centre a ainsi ouvert 572 dossiers de discrimination fondée sur ces critères 'raciaux', sur base de 1270 signalements individuels. Il a également ouvert 286 dossiers liés au critère de 'conviction religieuse ou philosophique' (concernant des faits visant essentiellement des personnes musulmanes), contre 185 trois ans plus tôt. Conséquence logique de la culturalisation excessive de la question du racisme, il est de moins en moins facile de distinguer entre ces deux catégories. Les dossiers de 'discriminations croisées' sont logiquement en augmentation. Dans le secteur de l'emploi, plus d’un dossier sur deux (56,2%) a trait aux critères 'raciaux' et/ou convictionnels. Dans le secteur de l'enseignement, 49% des dossiers sont concernés, de même que 27% des dossiers de discrimination dans le logement. 

À travers ce rapport annuel, le nouveau Centre interfédéral pour l’égalité des chances tient donc à donner une impulsion afin de relancer pleinement le travail sur un plan d’action interfédéral de lutte contre le racisme. Ce plan d’action doit concerner tous les domaines sociétaux et considérer des éléments aussi bien répressifs que préventifs. « Afin d’y parvenir avec succès, les pouvoirs publics fédéraux, les autorités régionales et des Communautés, ainsi que les autorités locales ont tout intérêt à se concerter sur une stratégie commune, une approche conjointe, comme ils l’ont fait en 2013 pour aborder l’homophobie. Ils réaliseraient ainsi une promesse faite juste après la conférence mondiale contre le racisme de Durban en 2001, réitérée maintes fois, mais jamais réalisée », conclut Patrick Charlier. A deux reprises cette année, la Belgique s’est d’ailleurs vue rappelée à l’ordre pour avoir failli à certaines de ses obligations et engagements en la matière, tant par les Nations Unies (Comité CERD) que par le Conseil de l'Europe (Commission ECRI).


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