Tanneguy de Kerpoisson
24 mars 2017, 13h31 | MAJ : 25 mars 2017, 9h10

Aulnay-sous-Bois, le 13 mars. Izzy (à g.), 5 ans, arbore fièrement le CD de Kendji. Summer, 6 ans, veut participer à « The Voice » et devenir chanteuse. Comme son modèle...

LE PARISIEN MAGAZINE. Dans cette communauté, Kendji est l’idole des jeunes et des moins jeunes. Rencontre avec ses fans sur deux aires d’accueil de la région parisienne.

Un coq s’époumone, mais impossible de l’entendre. Serait-il aphone ? « Le bruit des voitures et des avions couvre tout », explique Marine Pillon, travailleuse sociale à l’Adept (Association départementale pour la promotion des Tziganes et voyageurs), qui nous accompagne. Située aux abords de l’autoroute A1, au nord de Paris, presque en bout de piste de l’aéroport du Bourget, voici l’aire d’accueil d’Aulnaysous- Bois. A côté, la zone commerciale O’Parinor et des champs déserts.

Seize familles manouches et gitanes vivent ici depuis huit ans. Des gens du voyage qui ne voyagent plus trop. Par manque d’argent et par souci d’offrir une scolarité à peu près stable à leurs enfants. « A peu près », puisque le lundi 13 mars au matin, deux ou trois bambins ont séché les cours.

Summer, petite brune de 6 ans, nous tire le bras. « Vous venez faire quoi, là ? » Ses grands yeux noirs s’illuminent lorsqu’elle entend le prénom « Kendji ». Elle fredonne de la star. Nous toquons à la porte de la caravane où elle loge. L’engin, dernier cri, brille à la lueur du soleil matinal. Les parents sortent et racontent, tout fiers :« Elle connaît les tubes de Kendji par coeur, c’est son exemple. Elle veut participer à “The Voice”, comme lui, pour devenir chanteuse.» Le « prince des Gitans » fait l’unanimité chez les plus jeunes.Mais pas seulement.

« Quand je l’ai croisé, je l’ai trouvé très humble »

Guitare à la main, cheveux bien peignés et chemise aux motifs exotiques, Maxime, brocanteur de 44 ans,nous interpelle :« Autrefois, celui qui portait l’image des gens du voyage au plus haut, c’était Django Reinhardt. Il a fallu attendre longtemps pour trouver son héritier.Mais aujourd’hui, c’est bon,on a Kendji ! Je l’ai croisé il y a deux ans sur une aire d’accueil des Yvelines. Il était déjà connu,mais il est resté humble.» “Max” saisit sa guitare. Il tient à nous montrer qu’il connaît les chansons du petit protégé de la communauté. Le voilà lancé dans Les Yeux de la mama. Elie, gaillard de 60 ans aux cheveux grisonnants, analyse :« Tout le monde joue de la musique chez nous. On apprend dès le berceau. Et il y a du talent ! Mais peu de personnes ont le courage de se montrer,comme Kendji le fait. Cela fait aussi partie de nos coutumes de rester dans l’ombre.»


« Un exemple pour les générations futures »

Acinq kilomètres de là,quinze familles ont garé leurs caravanes sur l’aire du Blanc-Mesnil.Pas grand monde à l’horizon. La population est plus âgée qu’àAulnay.L’accueil n’est pas glacial,mais les Tziganes se méfient des journalistes.« Si c’est pour parler de Kendji,on veut bien vous répondre, nous prévient Jean,patriarche de 56 ans, à la voix rauque. Lorsqu’il passait à la télé, nous nous rassemblions tous devant l’écran pour l’encourager. On n’avait plus un sou tellement on votait pour lui sur nos téléphones ! Quand il a gagné,on a fait une immense fête.»Audéjeuner, nous sommes invités dans la caravane de la belle Stéphanie,33 ans,où ses deux bambins avalent sagement leur purée.«Kendji est un exemple,avance-t-elle. Il prouve à nos enfants que,même sans faire d’études, on peut devenir quelqu’un.Il donne une image très positive des gens du voyage. On nous regarde mieux depuis qu’il est connu.»