Roulotte, yourte ou encore Tiny House, voilà de nouveaux types d’habitats de plus en plus courus par les Belges. 15.000 personnes vivent dans des habitats légers, des habitats alternatifs. Certains pour des raisons économiques, d’autres pour des raisons philosophiques.
Destination ailleurs décrypte ce phénomène.


D'autres modèles de vie sont possibles

On assiste à une transformation dans l'art d'habiter. Vivre dans une roulotte implique d'avoir besoin de très peu de choses, de vivre sans s'encombrer.

C’est le cas de Fanny Lebrun, semencière, qui vit avec sa fille de 5 ans dans une Tiny House, une maison en bois sur roues, déplaçable, qui fait 15 m² au sol, avec deux petites chambres à l'étage. Un concept importé des Etats-Unis.

Les raisons de son choix ? Un désir de vivre dans la nature, au calme. Elle cultive et son terrain de culture n'étant pas fixé, elle avait besoin d'une flexibilité au niveau de son logement. Enfin, elle n'avait pas le budget nécessaire pour acheter une maison en dur.

Le fait d'avoir un projet agricole justifiait le fait de vivre dans cet habitat léger, proche du terrain qu'elle cultivait. La commune a donc réagi positivement. Et Fanny a été très bien accueillie, il y a de forts liens d'entraide entre voisins.

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Une législation assez floue

Aucun des habitats légers (yourtes, roulottes,…) n’est considéré comme un logement par le Code wallon de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme (Cwatup). Ils sont malgré tout autorisés, à condition qu’ils ne soient pas installés de manière sauvage et que les normes de sécurité et de salubrité soient respectées. Et très souvent, les yourtes et les roulottes n’atteignent pas la superficie minimale ou la hauteur de plafond exigées. Beaucoup font le choix de s’installer en dehors d’une zone d’habitat comme, par exemple, dans une zone forestière ou agricole. Dans ce cas-là, impossible d’obtenir un permis d’urbanisme. Enfin, la domiciliation peut également poser problème. Tout cela fait qu’il existe des différences de traitement de ces dossiers d’une commune à l’autre.

Mais les choses sont plus faciles qu'avant, précise Fanny Lebrun : une nouvelle législation vient de passer qui permet à un agriculteur de se diversifier en installant jusqu'à 6 habitats légers sur son terrain, dans lesquels les gens peuvent se domicilier.

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Un permis adapté pour l'habitat léger

Vincent Wattiez vit dans une roulotte, dans le quartier de la Baraque à Louvain-la-Neuve, qui accueille 68 habitations de tous types.

Il est animateur au Réseau brabançon pour le Droit au Logement (RDBL) et membre du collectif HaLé!, qui milite pour une reconnaissance de l'habitat léger, en collaboration avec le RDBL, avec Habitat et participation, Saint Louis et l'UCL.

Ils demandent qu'un permis adapté à ce type d'habitat soit instauré, car pour le moment beaucoup sont refusés, entre autres pour des raisons de salubrité. "L'arrêté de salubrité du 30 août 2007 du Code du Logement wallon oublie un critère : est-il salubre d'avoir un prêt en banque pendant 30-35 ans ?" interroge Vincent Wattiez.

Dans leur demande d'adaptation des critères de salubrité, il n'est évidemment pas question de toucher aux critères de sécurité, d'étanchéité, de surpeuplement du bâti. Car il faut savoir que l'habitat léger à destination de familles nombreuses pose aussi question...

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Quand l'habitat léger n'est pas un choix

Parmi les 15 000 personnes qui vivent dans ce type de petit habitat, il y a tous ceux qui habitent dans les zones de loisir (terrains de camping...), pour des raisons économiques. Ils sont près de 12 000. Accident de la vie, raisons financières,... faute de trouver un logement décent à loyer correct, c’est souvent la précarité qui conduit les campeurs à prolonger leur séjour. La plupart d’entre eux sont là parce qu’ils ne peuvent pas présenter de fiches de paie pour louer un logement. On retrouve dans ce type de logement alternatif des personnes au chômage, des personnes âgées avec une retraite minuscule, des travailleurs de chantiers, mais aussi des jeunes sous contrat précaire. On y trouve également des personnes ayant vécu une séparation ou un veuvage.

Paradoxalement, au bout du compte, beaucoup finissent par s'y sentir bien et ne plus avoir envie d'un logement classique. On observe dans les deux cas de figure le même questionnement "à la brique", explique Vincent Wattiez.

 

Source : rtbf