La région de Philippeville est particulièrement concernée par la problématique de l’habitat léger et de l’habitat permanent en zones de loisirs. Le 3 décembre dernier, la locale de Nature et Progrès Philippeville organisait dans la salle des Halles une journée d’échanges sur ces nouveaux modes d’habitat. L’objectif étant de changer l’image négative qu’ils véhiculent et d’aider leurs habitants à contourner les obstacles qu’ils rencontrent.

Nature et Progrès constate que «de plus en plus de Wallons optent pour l’habitat léger pour répondre à leur besoin de se loger dans un contexte d’insécurité de l’emploi et de prise de conscience de leur impact sur l’environnement. Ils sont officiellement près de douze mille à vivre dans ce type de logement alors que paradoxalement l’habitat léger reste hors-la-loi dans la quasi-totalité des communes. Les porteurs de ce type de projet agissent donc dans la clandestinité...»

Le confort de vivre en yourte, dans la nature

Benjamin et Sophie ont raconté leur combat pour vivre avec leurs enfants dans une yourte dans le fin fond des Ardennes. «On a choisi de construire notre yourte alors qu’on était au début des prises de décision de la vie. Ce fut plus facile du fait que Benjamin provient d’une famille de menui-siers. Nous l’avons construite en deux mois alors que nous avions notre premier enfant. Elle nous a coûté 12 000 euros, en ce com- pris le poêle à bois. C’est différent d’un loyer à payer. Notre famille nous a prêté l’argent. Elle respecte nos choix de vie. C’est important d’intégrer notre famille dans nos choix. »

«Dans une yourte, on est proches de la nature, on est souvent dehors pour couper le bois, chercher l’eau. Nous avons vécu pendant cinq ans sans électricité et n’en avons toujours pas. Nous y avons vécu avec nos trois enfants. Il y faisait presque trop chaud», témoigne Sophie.

L’inconfort d’une législation rétrograde

Le couple a fait face à de gros aléas avec l’aide d’un réseau de solidarité : «Au bout de six mois, nous avons été prévenus qu’on voulait nous expulser. Nous avons alerté des avocats, des journalistes, nous avons obtenu des papiers signés par le roi, et ils ont été désarçonnés ! » « Nous avons trouvé un compromis en acceptant de dépolluer une décharge qui se trouvait à proximité (même si elle ne nous appartenait pas). Nous avons racheté le terrain par la suite».

Benjamin et Sophie ont agrandi leur habitat en y annexant une roulotte en guise d’atelier. Ils ont construit plus tard une maison en ballots de paille. « Nous avons eu beaucoup de mal à quitter notre yourte... Excepté la législation et les bâtons dans les roues de l’urbanisme, vivre en yourte, c’est super cosy. On y a tout le confort d’une maison normale. Notre plancher est isolé. Il y a moyen d’avoir l’électricité et l’eau. Cette façon d’habiter doit faire son chemin dans les idées. On devrait tous avoir accès à un logement sain. C’est à nous de changer l’étiquette accolée à la yourte.» En effet, les yourtes sont considérées dans la législation comme des baraquements de chantiers.

Nos trois régions font face à un manque cruel de logements. Luc Jandrain, responsable de la qualité du logement en Wallonie, en témoigne : «Depuis les années 90, la demande de logements locatifs modestes ne fait qu’augmenter. Nous avons voulu protéger les locataires des propriétaires. La qualité des logements a augmenté mais la demande reste supérieure à l’offre.... Et nous devons faire face à un défi environnemental. Il faut avoir une gestion parcimonieuse du sol et laisser émerger des habitats différents dans certains espaces».

Georges Rahier, qui habite dans un parc résidentiel à Froidchapelle, s’insurge contre les expulsions d’habitants permanents : « Pourquoi faire partir ces gens alors qu’il n’y a pas de place ail- leurs ? Les 5 000 euros de primes qui servent à les expulser pour- raient être affectés à doter les habitats d’un double vitrage ».

Quant à Isabelle Prignot, professeur à la faculté d’architecture de la Cambre-ULB, elle parle «d’un arsenal législatif qui laisse peu de place à l’expérimentation et aux changements de modes de vie. On a envie de nouveaux modèles mais il faut qu’ils soient durables, peu importe que le logement soit léger ou pas».

Chantal Godard

Source : confluent