Ce lundi 28 novembre 2016, le Comité National des Gens du Voyage et le Centre de Médiation des Gens du Voyage ont eu le plaisir d’organiser une conférence à la Maison du Livre de Bruxelles, intitulée « Quel accueil pour les Gens du Voyage en région bruxelloise ? » Ce thème a réuni un public d’une riche mixité, avec des représentants du secteur associatif, de la police, de la Ligue des Droits de l’Homme, d’UNIA, de l’OHCHR…

L’introduction de cette soirée de réflexion a été assurée par Madame Joëlle Baumerder, directrice de la Maison du Livre, qui s’est chargé des mots de bienvenue, et par Ahmed Ahkim, directeur du Centre de Médiation des Gens du Voyage. Afin de familiariser un public majoritairement bruxellois aux tenants et aboutissants du séjour temporaire, l’intervention d’Ahmed Ahkim a fait état de la gestion de l’accueil des Gens du Voyage en région bruxelloise et en Wallonie, tant en termes de la structure organisationnelle existante que de ses lacunes et manquements. Si le contexte actuel dépeint une situation loin d’être résolue, le Centre de Médiation de Gens du Voyage continue de promouvoir une posture résolument positive, tournée vers l’avenir, l’action, et une collaboration renforcée avec les travailleurs et services de première ligne.

L’intervention d’Ahmed Ahkim a été suivie par celle de Monsieur Alain Reyniers, ethnologue et universitaire (UCL), spécialiste du monde tsigane. Forte d’une longue expérience auprès des Gens du Voyage, l’intervention de Monsieur Reyniers a ouvert les portes de l’univers du voyage tout en détricotant les idées préconçues. Il a commencé par préciser qui sont les Gens du Voyage, une clarification qui a permis de mettre en contexte l’histoire de cette communauté, ainsi que de souligner ses origines communes avec la population belge. Passant ensuite à une réflexion plus approfondie, l’univers du Voyage a été mis en lien non seulement avec sa dimension culturelle et historique, mais aussi avec celles d’une nécessité professionnelle et d’une préservation des relations familiales et communautaires. La profusion de détails apportée par Monsieur Reyniers ont illustré l’immense diversité inhérente à la communauté des Gens du Voyage, et, conjointement, la nécessité de promouvoir des solutions de séjour temporaire flexibles.
Ce fut ensuite au tour de Monsieur Nicolas Bernard de prendre la parole. Professeur de Droit à l’Université Saint-Louis, Monsieur Bernard a mis en évidence les nombreux paradoxes et failles du système juridique en place au regard du mode de vie mobile. Le droit belge étant entièrement construit sur une notion de résidence comme étant fixe et « en dur », le mode de vie mobile reste un « objet juridique non-identifié » dont les réalités sont particulièrement mal appréhendées (le manque d’aires d’accueil, la question de la domiciliation, la question de la reconnaissance de la caravane). D’après Monsieur Bernard, les multiples failles de notre droit font que l’expulsion de familles entières sur les routes reste coutume, et ce, malgré que la Cour Européenne des Droits de l’Homme ait directement lié le mode de vie mobile des Gens du Voyage à leur droit à la vie privée et familiale.
Ensuite, Monsieur Fotios Topalidis, collaborateur au cabinet de la ministre bruxelloise au logement Céline Frémault, a présenté les objectifs et le fonctionnement du groupe de travail intercabinets "Accueil des gens du voyage". Ce groupe de travail a pour mission de développer une action transversale de coordination axée sur la recherche de solutions concertées en matière d’accueil des gens du voyage. Remplissant également le rôle de relais pour les différents acteurs concernés par le séjour temporaire, le groupe de travail a rapporté que plusieurs autorités locales revendiquent que la gestion de l’accueil des Gens du Voyage se fasse à un niveau supra-communal.
Enfin, Monsieur Jean-Marie Dermagne, avocat au barreau de Namur, a assuré les conclusions de la conférence en englobant aussi bien les problématiques liées au vide juridique, que la question de l’arbitraire des interventions de première ligne ainsi que l’urgence de développer des réglementations adéquates et des solutions humaines pour l’accueil des Gens du Voyage. Ce fut l’occasion pour Monsieur Dermagne de rappeler qu’il relève du devoir de tout responsable politique, à quelque niveau que ce soit, de faire respecter les dispositions de la Cour Européenne des Droits de l’Homme protégeant le droit d’une minorité vulnérable. Enfin, Monsieur Dermagne s’est également montré en faveur d’une gestion supra-communale, voire provinciale, de l’accueil des Gens du Voyage : cela pourrait garantir à la fois un plus grand nombre d’aires d’accueil, et régler la problématique du frein que représente une décision impopulaire pour les autorités locales.
Les prises de paroles des différentes intervenants ont été suivies d’un débat avec le public, l’occasion pour Ahmed Ahkim de mettre l’accent sur l’importance de continuer les avancées sur le terrain et la recherche de solutions ad hoc, sans quoi les futures avancées législatives ne seront pas automatiquement suivies de changements concrets. L’occasion aussi et surtout pour les personnes présentes d’interagir avec Monsieur Etienne Charpentier, président du Comité National des Gens du Voyage en Belgique, qui a évoqué le passé de sa communauté et l’a illustré de tranches de vie poignante. Monsieur Charpentier a mis les mots sur les difficultés quotidiennes dont souffrent aujourd’hui encore les familles du Voyage, un rappel criant de l’urgence d’organiser et de déployer les possibilités de séjour temporaire en Belgique.
Le Comité National des Gens du Voyage et l’équipe du Centre de Médiation des Gens du Voyage souhaitent remercier toutes les personnes présentes ce 28 novembre, et espèrent que les contributions des différents intervenants seront sources d’un nouvel élan en région bruxelloise dans la recherche et la promotion de réponses aux besoins et réalités abordés.