Les 161 caravanes accueillies à Lives entre mars et octobre racontent comment les gens du voyage apprécient se retrouver à Namur.

«À part les flaques de boue, Et quelques traces de roues, Tu n’as rien voulu laisser.» C’est Francis Cabrel qui chante ces mots en 1985. Les gens du voyage faisaient toujours peur. Ou inspiraient une curiosité teintée de méfiance.

 

À Lives sur-Meuse, où la Ville a installé un terrain balisé et équipé pour ces familles qui ont fait de leurs caravanes un lieu de vie et une fierté, cette crainte est levée. Les riverains proches, ils sont peu nombreux, ne manifestent plus de rejet immédiat. Il y a bien eu avec une voisine un souci de violation de propriété par un chien, qui a crapahuté par-delà la ligne rouge. Un dialogue de médiation et de temporisation a eu lieu avec la Ville. Le cas pourrait résonner comme anecdotique, mais la Ville, à raison, tient au règlement de bon voisinage. Les choses vont mieux. Depuis le 31 mars 2015, quand le terrain a été inauguré, les regards ont changé.

AhmeAhkim, directeur du centre de médiation des gens du voyage en Wallonie, a le recul et l’expertise suffisants pour dire qu’on peut aujourd’hui parler d’une saine cohabitation entre sédentaires et nomades. Historiquement, on retiendra qu’une réunion d’information à l’hôtel de ville, mobilisant une vingtaine de riverains, avait déclenché les passions. La crainte de l’autre, de la différence culturelle, était prégnante. C’est du passé: «Nous avons vécu une nouvelle réunion l’année dernière, et une seule personne était présente.»

Le pari est réussi, dit la Ville. Ce terrain capable d’accueillir 24 caravanes, dans un cadre encadré, sécurisé, fait oublier certaines installations sauvages sur des prés communaux, des champs privés (une expulsion d’un campement auto-installé a dû être diligentée cette année). Il reste certes quelques efforts à faire, admet Ahmed Ahkim: des groupes s’installent parfois à Lives sans autorisation préalable, alors qu’une autre colonne familiale s’est invitée par la voie correcte. Le rappel est là: prenez contact avec la Ville ou le centre de médiation. Les deux acteurs, en harmonie, sont au taquet pour accueillir dignement.

Première en Wallonie

Les chiffres sont là, utiles statistiques pour dire que le terrain de résidence provisoire a du sens: la présence de 161 caravanes a été recensée dans le grand jardin communal. La demande est là. La liste d’attente aussi. Pourquoi cet intérêt des voyageurs pour Namur? Sans doute parce que c’est la première en Wallonie à avoir installé un terrain légal, lorgnant sur un modèle français bien en avance.

« T’as plus qu’à chercher ailleurs/Des gens qui auront moins peur/En espérant qu’il en reste.» C’est toujours du Cabrel, qui en écrivant il y a 21 ans son texte d’hommage respectueux au gitan, ne pouvait savoir que Namur allait dignement ouvrir les bras.

 

«Nous sommes victimes de notre succès»

Stéphanie Scailquin, en tant qu’échevine entre autres de la cohésion sociale, vous communiquez aujourd’hui que le projet de terrain d’accueil pour les gens du voyage est une réussite…

Il est ouvert depuis deux ans, et nous avons été la première ville en Wallonie à faire cette démarche. La demande est là, nous y répondons, avec un encadrement clair, une gestion quotidienne, une médiatrice qui est présente pour faire le lien entre les souhaits des gens du voyage et le désir de respecter la ville et les riverains.

 

La demande est exponentielle?

Il y a de nombreuses réservations, plus de demandes que de possibilités. C’est très positif, même si l’on doit dire que nous sommes victimes de notre succès. Cela indique clairement que les besoins sont là.

Comment se gère singulièrement l’accueil des enfants?

Dans le module installé près du terrain d’accueil, de nombreuses activités sont organisées à leur destination. Et le centre de médiation des gens du voyage organise un bus école qui assure la scolarisation.

Au-delà du succès de fréquentation, il nous revient que ce sont souvent les mêmes familles qui frappent à la porte…

Oui. Sans fidéliser forcément, nous retrouvons les mêmes. Ce qui est très précieux pour garder un dialogue de fond. Une confiance.

 

Source : Vers l'avenir - 05/11/2016 - Cédric FLAMENT