Les gens du voyage lancent un cri de détresse: de la fin octobre au mois de mars, les terrains communaux qui les accueillent ferment tous. ce sont des milliers de personnes qui se retrouvent en errance chaque hiver. Ils veulent un moratoire pour stopper les expulsions.

Actuellement, on estime entre 12 000 et 15 000 le nombre de gens du voyage circulant en Belgique. Du moins durant le printemps et l’été. En hiver, ils ne sont plus que 6 000 à 7 000. Ce sont les Belges.

(Les autres, Hollandais, Français, Allemands, retournent chez eux en hiver).

Ce sont ceux-là qui, aujourd’hui, lancent un cri de détresse: les quelques rares terrains communaux (une petite dizaine en Wallonie dont… deux aménagés) ferment leurs portes le 31 octobre jusqu’au mois de mars.

«Résultat, ce sont des milliers de personnes qui sont jetées sur les routes, en errance» explique Étienne Charpentier, responsable du Comité National des gens du voyage, itinérant lui-même.


« Nous souffrons cruellement. Dès le 31 octobre, tout le monde se fait virer. Mais il faut comprendre que nous sommes avec vieillards, des enfants. Nous faire circuler pendant l’hiver, dans le froid, c’est inhumain.»

Les gens du voyage, n’ayant plus aucune possibilité de se poser un peu plus longuement, vivent donc au quotidien sans savoir de quoi le lendemain sera fait.

« Que voulez-vous qu’on fasse» poursuit Étienne Charpentier. «On se bat au quotidien pour rester, un, deux, trois jours quelque part. On va voir les autorités, on fait venir le service de médiation de la Région wallonne. mais cette situation est intolérable».


Pas d’obligation


Étienne Carpentier ne comprend pas cette volonté des autorités communales de ne pas accueillir les gens du voyage durant l’hiver.

«Nous sommes belges. Alors pourquoi nous traite-t-on comme un groupe à part? A la région, on nous dit qu’il n’y a pas d’obligation pour les communes d’accepter les gens du voyage. mais je constate qu’à Tournai, par exemple, on a obligé le bourgmestre à accueillir les demandeurs d’asile. C’est très bien qu’il le fasse. Mais alors pourquoi on n’oblige pas les communes à faire pareil pour nous? C’est de l’hypocrisie. On existe! Et nous laisse vivre dans les intempéries, sur les routes. C’est tragique. Vous savez, on ne vit pas de la mendicité. On a du boulot. Il y a des toituriers, des maraîchers. Et en hiver, le travail est beaucoup plus rude, il fait noir tôt. Et on nous fait circuler sur des routes verglacées et enneigées.»


Un moratoire bientôt?

Le Comité national des gens du voyage demande dès lors à la Région wallonne qu’elle prenne un moratoire sur les expulsions pendant l’hiver (entre le 1er novembre et le 15 mars).

« Ce moratoire existe pour les SDF. ça nous permettrait de trouver des solutions alternatives pour les périodes les plus froides » ajoute M. Charpentier.

Qui précise: « La Belgique a déjà été condamnée par l’Europe parce qu’elle ne faisait pas assez pour les gens du voyage. Nous ne demandons pas du boulot ou des choses du genre. Nous demandons juste des endroits où nous poser l’hiver».


Un décret en préparation

Du côté de la région wallonne, on est bien conscient du problème. Mais, comme il n’existe aucune base légale, il est difficile d’imposer aux communes l’accueil des gens du voyage.

Celles-ci peuvent néanmoins demander des subsides à la région pour l’organiser sous forme d’un guichet d’accueil ou d’un aménagement d’une aire spécifique. mais les candidats ne se bousculent pas au portillon. Et la rapidité avec laquelle sont dégagés les gens du voyage en hiver témoigne de leur frilosité.

Maxime Prévot, le ministre en charge, a cependant promis un décret pour la fin de l’année.

Que contiendra-t-il? L’intention est de multiplier les médiateurs dans les communes.

Ensuite, concernant les aires d’accueil, Prévot ne veut pas se baser sur l’exemple français qui oblige les communes de plus de 5000 habitants à avoir un terrain d’accueil prévu. En revanche, on pourrait dit-il obliger chaque commune à accueillir ces personnes au moins 15 jours par an.

Toujours dans le cadre du futur décret, des aires d’hivernage sont par ailleurs envisagées.

Autre piste: refiler la patate chaude aux Provinces qui, du coup, seraient chargées de l’accueil. Dans ce cas, elles devraient trouver sur leur territoire 4 ou 5 endroits qui pourraient accueillir les gens du voyage. Une manière de mutualiser le problème. Et, selon Prévot, de mieux cadrer le phénomène et de limiter les implantations sauvages.

 

Source : L'Avenir - mardi 20 octobre 2015 14h05 - Martial DUMONT