Belgique - Le nombre de gens du voyage de nationalité belge est évalué entre 15 000 et 20 000 personnes. A ceux-ci, s'ajoutent 3 000 à 5 000 individus qui traversent la Belgique en provenance de pays voisins, notamment la France et les Pays-Bas.

On parle souvent des problèmes rencontrés par les localités, l'accueil étant une compétence communale. Dernièrement, des gens du voyage ont bloqué le centre de Saintes, situé près de Tubize dans le Brabant wallon. La raison? Ils réclamaient un raccordement à l'eau et à l'électricité. Finalement la situation est rentrée dans l'ordre. D'autres tensions entre les habitants et les gens du voyage sont apparues, notamment dues au tapage nocturne. Ce sont les derniers faits relatés dans les médias.

Comment s'organisent les communes ?

"Actuellement, c'est le vide total car aucune réglementation n'oblige les villes à accueillir les gens du voyage" affirme Ahmed Ahkim, directeur du Centre de Médiation des Gens du voyage et des Roms. En effet, l'accueil s'organise sur base volontaire de la part des communes. Quant à l'aménagement de l'eau et de l'électricité, il se fait au cas par cas.

Ahmed Ahkim aimerait que cela change. Son Centre de Médiation propose qu'il n'y ait pas de contraintes d'aménagement mais une obligation d’accueillir et d'organiser le séjour temporaire des gens du voyage. Il s'agirait donc d'élargir les expériences positives à toutes les localités de la Région wallonne.

Le groupe PS du Parlement wallon a décidé d'agir. Lorsqu'une vingtaine de caravanes arrivent dans une ville, les habitants ont encore énormément d'a priori. Un des gros problèmes selon Olivier Rubay, le porte-parole du groupe PS au Parlement wallon, "c'est la communication". C'est pourquoi, le PS a fait une proposition de résolution afin d'organiser un accueil plus simple. "Il s'agit de désigner une personne de référence dans chaque commune pour préparer l'arrivée des gens du voyage mais aussi avertir et rassurer le voisinage" explique le porte-parole.

Ahmed Ahkim, quant à lui, insiste davantage sur l'instauration d'un cadre légal. C'est-à-dire, l'obligation d'organiser l'accueil pour une durée de deux à trois semaines maximum pour un nombre variant de 30 à 40 caravanes, ainsi que de fixer les modalités en terme de fourniture d'eau, d'électricité et de gestions des déchets afin qu'il n'y ait aucune confusion entre les gens du voyage et la commune.

Pour le moment, c'est aux localités de décider si, oui ou non, elles souhaitent offrir un terrain aux gens du voyage. Par exemple, à Court-St-Etienne, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Tubize ou Namur, les cités s'organisent pour permettre leur installation.

Les gens du voyage peuvent également s'installer sur des terrains privés. Comme à Mont-St-Guibert, situé dans le Brabant wallon, où ce n'est pas le commune qui s'occupe de gérer leur accueil mais le propriétaire du terrain.

Toutes les communes n'offrent pas la possibilité aux gens du voyage de venir s'installer chez elles. C'est le cas dans les communes de la Région bruxelloise par exemple. Elles refusent systématiquement toutes les demandes d'accueil. Les raisons invoquées? Aucun terrain disponible et l'absence d'un cadre légal.

Des citoyens comme les autres

Les habitants sont souvent réticents envers leurs nouveaux voisins. Ahmed Ahkim tient à rappeler que "les gens du voyage sont des citoyens, ni plus ni moins". "Lorsqu'ils s'installent dans une cité, ils sont soumis au règlement communal comme un citoyen ordinaire", ajoute le directeur du Centre de Médiation. Toutefois, Ahmed Ahkim affirme comprendre l'attitude de la population : "les gens ont tendance à avoir peur des inconnus", déclare-t-il mais il rajoute que "dès qu'un cadre légal sera mis en place, la population sera davantage rassurée et comprendra".

Stratégie différente pour la Flandre

On a tendance à reprocher à la Wallonie d'être en retard en terme de politique d'aménagement du territoire pour les gens du voyage. La situation entre la Flandre et la Wallonie n'est pas comparable. La région wallonne met l'accent sur l'organisation de l'accueil au sein des communes alors que la Flandre mise plutôt sur l'aménagement de terrain. La raison : la Flandre compte plus de 30 terrains aménagés alors que la Wallonie n'en a que deux, un à Bastogne et l'autre à Namur.

 

La Libre : Charlotte Maret (ST.) Publié le jeudi 16 juillet 2015 à 17h29