Suède - Un livre blanc révèle enfin des discriminations choquantes, enracinées depuis des siècles.
La Suède, si accueillante, a rouvert un sombre chapitre de son histoire: la discrimination raciale des Roms au XXe siècle. Dans un livre blanc enfin rendu public, les autorités suédoises font leur mea culpa: l'ouvrage décrit avec force témoignages les injustices perpétrées à l'encontre des Roms qui vivent en Suède depuis plus de cinq siècles.

Le ministre de l'Intérieur, Ulrik Ullenhag, reconnaît que "les gens du voyage ont été systématiquement traités comme des citoyens de deuxième classe". "Ils ont été victimes d'atteintes intolérables, telles que la stérilisation forcée et la privation du droit à l'éducation pour les enfants. Si nous voulons aller de l'avant, il est essentiel que nous y mettions un terme et que l'État reconnaisse les injustices qui ont été commises", a-t-il déclaré.
Dans un témoignage poignant, Soraya Post, 56 ans, raconte comment sa mère, enceinte de sept mois de son troisième enfant, "a reçu la visite d'inspecteurs sociaux, lors d'un contrôle de routine, qui lui ont posé un ultimatum: soit elle se faisait avorter et stériliser soit les autorités lui retireraient ses enfants". "Ma mère n'avait rien fait de mal qui justifiait un tel traitement brutal", assure, la voix nouée par l'émotion, cette tête de liste de "L'initiative féministe", parti qui se présente aux élections européennes.

Un racisme d'Etat

La lecture de ce livre blanc est "choquante". "Elle montre que la discrimination des Roms était non seulement profondément enracinée chez les pouvoirs publics, mais qu'elle reposait aussi sur une politique délibérée", constate Sonar Al Naher, éditorialiste du grand quotidien "Aftonbladet."
"Le racisme contre les Roms est une honte pour la Suède, un pays qui était caractérisé par une forte idéologie de race; les Roms étaient considérés comme une menace pour la race suédoise", écrit-elle.
Ces dernières années, le ministre de l'Intégration a tenté d'exorciser ce mal qui hante la Suède. En 2013, il avait dénoncé, lors d'une conférence à Helsinki, le traitement inhumain infligé aux Roms en Europe, notamment durant la Seconde Guerre mondiale, quand "des milliers d'entre eux ont été assassinés par les nazis". "En Suède aussi, nous avons beaucoup à nous reprocher", dit-il, rappelant, entre autres, "qu'au XVIIe siècle, des décrets ordonnaient l'exécution des hommes, et que les Roms étaient interdits d'entrée sur le territoire de 1914 à 1954".
Mais un livre blanc n'a "aucune valeur" sil n'est pas accompagné d'actions contre l'anti-tziganisme qui frappe les quelque 50 000 à 100 000 Roms de Suède, selon Soraya Post. Car la discrimination existe encore. L'automne dernier, un journal suédois a révélé l'existence d'un fichier de la police contenant 4 000 noms de Roms, dont un millier d'enfants, provoquant un tollé dans le royaume.

Slim Allagui, Correspondant en Scandinavie, pour La Libre Belgique (Lundi 31 mars 2014)